EDDIE TORRES « The Mambo King » : de Spanish Harlem à la codification du Mambo On2 | Studio24

Eddie Torres The Mambo King – Codificateur du Mambo On2, légende de la Salsa à New York depuis 1950
Eddie Torres « The Mambo King » · Codificateur du Mambo On2 · +500 pas codifiés · 21 ans avec Tito Puente

EDDIE TORRES en bref

  • Nom : Eddie Torres
  • Naissance : 3 juillet 1950 · 75 ans (76 en juillet 2026)
  • Lieu : Harlem Hospital Center, NYC
  • Surnom : « The Mambo King »
  • Style codifié : Mambo On2 / NY Style
  • Collaboration Tito Puente : 21 ans (1979-2000)
  • Pas codifiés : 500+ originaux
  • Fils : Eddie Torres Jr. (chorégraphe Hollywood)

En 1987, sur la scène de l’Apollo Theater de Harlem, plus de cinquante danseurs de rue montèrent ensemble pour rendre hommage à Machito, sous la direction musicale de Tito Puente [1][2]. Ils n’étaient pas des professionnels. Quatre mois plus tôt, un seul homme les avait recrutés dans les nightclubs de New York, un par un, en observant leur façon de bouger — « I went through nightclubs, just handpicking dancers » [3]. Il les avait entraînés à compter la musique, à synchroniser leurs corps, à transformer l’instinct en structure. Ce soir-là, sur Babarabatiri de Tito Puente, le public de Harlem se leva pour danser sur ses sièges. La réalisatrice Catherine Calderon captura cet événement dans le documentaire ¡A Bailar!: The Journey of a Latin Dance Company (1988), diffusé sur PBS pendant cinq ans, qui s’ouvrait sur des images granuleuses en noir et blanc d’un jeune homme dansant seul sur Dame Tu Corazón de Charlie Palmieri [2]. La chercheuse Juliet McMains (University of Washington) comparera plus tard cet homme à George Balanchine, le père du ballet américain : tous deux avaient compris qu’il fallait d’abord construire une école pour former une compagnie [2].

Cet homme s’appelait Eddie Torres. Il n’avait pas terminé le lycée [5]. Il avait grandi dans un appartement difficile de Spanish Harlem. Et il allait transformer une danse de rue en discipline artistique globale.


VRAI OU FAUX : les 9 mythes sur Eddie Torres décryptés

Avant de raconter son histoire, un passage obligé. Sur Eddie Torres circulent des dizaines de bios de festivals — recopiées, amplifiées, jamais vérifiées. Neuf d’entre elles méritent d’être décortiquées. Certaines sont carrément fausses. Une cache une nuance capitale entre invention et codification. Une autre révèle une confusion entre deux « Eddie » nuyoricans qui n’ont rien à voir. Et deux restent suspendues : plausibles, mais invérifiables à partir des sources actuelles.


L’enfant de SPANISH HARLEM (1950–1971)

Eddie Torres naît le 3 juillet 1950 au Harlem Hospital Center de New York [1][2][4] — le même hôpital où, vingt-sept ans plus tôt, était né Ernest Anthony Puente Jr., que le monde connaîtrait sous le nom de Tito Puente [2]. Ce détail, qui pourrait n’être qu’une coïncidence géographique, préfigure pourtant l’une des collaborations les plus durables de l’histoire de la danse latino. McMains, dans Spinning Mambo into Salsa, le décrit comme « a Nuyorican born in Spanish Harlem in 1950 » [2].

Ses parents sont portoricains. Son père est plombier — le site officiel de Torres précise « inventive plumber » — mais Torres le décrit en interview par le terme plus large « mecánico » : « Búscate un trabajo con las manos, como tu papá que es un mecánico » (Trouve-toi un travail avec les mains, comme ton père qui est mécanicien) [5]. Sa mère travaille en milieu hospitalier [5]. Elle résistera d’abord à la vocation de son fils — Torres : « Mom, I’m not going to earn my living with my hands. » Sa mère : « Well what are you gonna do, earn a living with your feet? » [5] Le dialogue prophétique. Un détail inédit émerge d’une interview à Barcelone : sa grand-mère paternelle est originaire de Madrid — « La abuelita mía, la madre de mi papá, es de Madrid. Así que yo tengo un poquito de ramita aquí en España » (Ma petite grand-mère, la mère de mon papa, est de Madrid. J’ai donc une petite branche ici en Espagne) [5]. L’enfance n’est pas heureuse. Torres confiera au magazine canadien Georgia Straight en 2013 : « I grew up in an unhappy environment with a lot of fighting and stuff at home, and I would escape to the clubs » (J’ai grandi dans un environnement malheureux, avec beaucoup de disputes à la maison, et je m’évadais dans les clubs) [3]. L’évasion prend d’abord la forme de la natation de compétition — Torres intègre une équipe dès l’âge de sept ans et pratique le plongeon acrobatique — puis, très vite, de la musique et de la danse [5].

À quatorze ans, lors d’un séjour à Porto Rico, Torres voit la pachanga pour la première fois dans une fête de maison, sur un disque de Johnny Pacheco. L’impression est immédiate : « Me encantó el ritmito que llevaba la pachanga con ese brinquito » (J’ai adoré le petit rythme de la pachanga avec ce petit saut) [5]. McMains notera plus tard que cette danse de rapid foot shuffles des années 1960 sera « incorporated into many of Eddie Torres’s modern salsa shines » [2] — la connexion entre ce souvenir d’adolescence portoricain et le syllabus futur est directe.

Le déclic survient l’année suivante, vers l’âge de quinze ans — Torres dit parfois « 12 ans » ou « 13 ans » en interview, mais le morceau Azúcar Pa’ Ti d’Eddie Palmieri ne sort qu’en 1965 (Tico Records), quand Torres en a quinze. Le mécanisme est universel : une fille l’invite à une fête, il ne sait pas danser, elle repart avec son ex. Torres décide d’apprendre. Sa sœur lui enseigne les premiers pas. C’est à cette époque qu’il découvre Azucar Pa’ Ti, le morceau qui deviendra son catalyseur musical [3][6]. Des années plus tard, à Barcelone, il ajoutera l’épilogue de cette histoire : il la revit huit ans après dans un club, mais elle ne le reconnaît pas — et il ne dansa jamais avec elle — « Es una historia que parece una telenovela » (C’est une histoire qui ressemble à un feuilleton) [5]. De retour à New York, il commence à fréquenter le Hunts Point Palace dans le Bronx et à observer les danseurs du Corso, le nightclub qui a pris la relève du légendaire Palladium [1].

Au tournant des années 1970 se produit l’épisode fondateur. Torres commence à enseigner gratuitement dans un recreation center en face de chez lui, avec un petit tourne-disque. Ses amis de quartier lui demandent de leur apprendre des pas. Un ami conguero nommé Rafi joue la conga en direct pendant ces premières classes. Torres charge deux ou trois pesos à dix ou quinze élèves, et leur enseigne une chose simple : quand vous entendez le golpe fort de la conga — le seco —, posez le pied gauche en avant. Ce n’est que des années plus tard, en étudiant la théorie musicale, qu’il comprendra ce qui se passait réellement : « Después de que pasan los años y aprendí de la teoría, vine a comprender que eso era marcar en el dos. Porque ese seco, en medida de uno a cuatro, siempre cae en el dos » (Après que les années passent et que j’ai appris la théorie, j’ai compris que c’était marquer sur le deux. Parce que ce seco, dans la mesure de un à quatre, tombe toujours sur le deux) [5]. Torres dansait instinctivement On2 sans connaître le concept. La danse existait déjà dans la conga, dans la rue, dans le corps — il ne l’avait pas inventée. Il la codifierait.

L’entourage ne comprend pas. Torres racontera avec humour : « Everybody’s in school studying math and history. And I’m with my little tape recorder listening to Tito Puente making up steps. They called my mother and said, your kid needs a psychiatrist » (Tout le monde est à l’école à étudier les maths et l’histoire. Et moi je suis là avec mon petit magnétophone à écouter Tito Puente et à inventer des pas. Ils ont appelé ma mère et dit : votre gamin a besoin d’un psychiatre) [3].

Torres affirmera plus tard : « By the time I was 17 years old, I was probably one of the best dancers already in the whole scene » (À dix-sept ans, j’étais probablement déjà l’un des meilleurs danseurs de toute la scène) [3]. Vers 1970, il assiste à un spectacle au Roseland Ballroom : Augie et Margo Rodríguez, le couple de danse mythique du Palladium, accompagnés par l’orchestre de Tito Puente. Augie et Margo avaient quitté le Palladium pour étudier le ballet classique, le jazz et le flamenco, formant un acte professionnel qui les mènera à travailler des années avec Sammy Davis Jr. et à danser pour trois présidents américains [1][3][5]. Ce soir-là, Torres prend la décision qui orientera toute sa vie : il sera danseur professionnel. L’inspiration est double — Puente pour la musique, Augie et Margo pour la danse.

Dans ces années de formation, Torres apprend en observant. Il ne fréquente aucune école de danse formelle. Ses maîtres sont les danseurs de nightclub : Luis « Máquina » Flores pour le footwork rapide, Jo-Jo Smith — un professeur de jazz du quartier qui faisait du « mambo jazz » au Corso avec sa partenaire —, et Freddy Ríos, légende cubaine du Palladium, membre des Cha-Cha Aces et des Mambo Legends, qui observait Torres enseigner et lui disait : « Eddie, these people, they’re off timing. Teach them how to dance in clave. Nobody knew counting » (Eddie, ces gens sont à côté du rythme. Apprends-leur à danser en clave. Personne ne connaissait le comptage) [1][3].


Comment Eddie Torres a créé le premier SYLLABUS du Mambo (1972–1980)

C’est à la fin des années 1960 que survient la rencontre qui transformera la danse de rue en système enseignable. Au Corso, le nightclub de Manhattan où Tito Puente jouait le dimanche, Torres remarque une femme sur la piste : « She dances with more flavor and more inside soul than all these young kids » (Elle danse avec plus de saveur et plus d’âme que tous ces jeunes) [3]. June LaBerta est une « little Italian lady » d’environ soixante ans, danseuse de l’ère du Palladium dans les années 1950, qui a aussi étudié le jazz au JoJo’s Dance Factory [2]. Elle propose à Torres de l’aider à théoriser son enseignement. Il résiste pendant deux ans, puis cède au tournant des années 1970. Ce qu’elle lui dit ce jour-là restera gravé : « You don’t need to learn how to dance. You are an inventor. You invent ideas and you create, you compose. What you need is to theoretically know how to translate and transmit your work to people » (Tu n’as pas besoin d’apprendre à danser. Tu es un inventeur. Tu inventes des idées, tu crées, tu composes. Ce dont tu as besoin, c’est de savoir théoriquement comment traduire et transmettre ton travail aux gens) [1][3].

Vers 1972, Torres prend une décision déterminante, à l’instigation de son idole musicale. McMains, citant la biographe Mary Kent (1995), écrit : « Torres fixated on the goal of becoming a professional Latin dancer in 1972 at the urging of his musical idol, Tito Puente » [2]. Cette date est importante à clarifier : c’est celle de la décision de devenir professionnel, et non celle — souvent confondue sur le web — de la création du syllabus, qui viendra plus tard [2][4].

LaBerta lui enseigne la notation musicale — les noires, les mesures, le 4/4, le « common time » —, le comptage de 1 à 8, et la structure de la clave 3-2 [1][3]. Elle le filme avec une caméra Super 8, d’abord sans son puis avec son, de la fin des années 1960 au début des années 1970. Ensemble, ils nomment les pas du premier syllabus : « Use your imagination and start to bring names to your steps » (Utilise ton imagination et commence à donner des noms à tes pas), lui dit-elle [3]. Le premier pas s’appelle le Suzy Q — « In the ballroom world we call that Suzy Q. So now for mambo steps, I’m gonna give you the first name » (Dans le monde du ballroom, on appelle ça le Suzy Q. Maintenant, pour les pas de mambo, je vais te donner le premier nom) [3]. Les suivants naîtront par association : le Cuban Step (« I saw the Cubans do it » — J’ai vu les Cubains le faire), le Zigzag, le Cuban Side Hop, le Slave Step (« I feel like a slave on a chain » — Je me sens comme un esclave enchaîné) [3]. C’est également LaBerta qui suggère le terme « open shines » pour désigner les pas solo, comme le révèle le transcript de l’interview de Torres avec Diane Duggan à la New York Public Library en 2001 [2][7]. Torres avait demandé pourquoi ne pas simplement les appeler « steps ». LaBerta : « Cause that don’t sound so cool — shine sounds cool » [3]. Le terme « shine », héritage direct du vocabulaire ballroom, deviendra universel dans le monde de la salsa.

Mais la recherche académique récente nuance considérablement le rôle de LaBerta dans le comptage lui-même. En 2009, McMains interviewe Eddie Dorpher, l’autre partenaire de danse de LaBerta, dans le Queens [2]. Dorpher raconte une conversation révélatrice lors d’un weekend de danse dans les années 1970 : Torres lui demande comment il devrait enseigner le mambo. Dorpher explique son propre comptage — 2-3-4, 6-7-8, avec un hold sur le 5 et le 1 —, puis Torres décrit le sien : il marche aussi sur le 2 et le 6, mais ajoute un pas sur le 1 et le 5. Dorpher identifie immédiatement ce rythme comme un « American rumba rhythm » et lui répond simplement : « You teach it the way you dance it. That’s your comfort zone » (Enseigne-le comme tu le danses. C’est ta zone de confort) [2]. McMains en tire une conclusion majeure : « Torres analyzed his own dancing and that of his peers in order to develop the counting system he teaches rather than relying on a rhythmic structure he inherited from his elders » [2]. Le comptage Torres — le pas de base compté 1-2-3, 5-6-7, avec le changement de direction sur les temps 2 et 6, dit « New York 2 » — est donc une innovation personnelle de Torres, pas un héritage direct de LaBerta [1][2]. La distinction est fondamentale : il existe au moins deux écoles légitimes du On2, le comptage Torres et le comptage « Power 2 » d’Angel Rodríguez, qui démarre sur le 2 comme le son cubain [1]. Les deux se réclament de la tradition du Palladium. Le débat sur l’authenticité est autant commercial que culturel.

🎬 Eddie & María Torres — Adonde Vas (1979, studio de June LaBerta, NYC) [3].

LaBerta ne vivra pas assez longtemps pour voir le triomphe de son protégé. Elle meurt d’un cancer — « She smoked too much » (Elle fumait trop), dira Torres [3]. Après sa mort, il reçoit une boîte contenant les films Super 8 qu’elle avait tournés et une lettre : « One day you’re gonna need the history of who you are and how you started. My job was just to help you in the process » (Un jour, tu auras besoin de l’histoire de qui tu es et de comment tu as commencé. Mon travail n’était que de t’aider dans le processus) [3]. Torres avouera : « I felt like I lost almost like a mother » (J’ai eu l’impression de perdre presque une mère) [3]. Le dernier conseil de LaBerta, formulé comme une prédiction, traversera les décennies : « Keep your mind open when you see the future changing with trends. Maintain tradition, but also go with the future » (Garde l’esprit ouvert quand tu vois le futur changer avec les tendances. Maintiens la tradition, mais va aussi avec le futur) [3]. Elle avait aussi prévenu Torres que les danseurs On1 résisteraient au On2 [5] — une prédiction qui se vérifiera pendant trente ans.

Les années 1970 à New York sont celles de la hustle. L’émission télévisée Dance Fever avec Danny Terrio, les compétitions de hustle partout, les danseurs qui abandonnent le mambo en masse. Torres est, selon ses propres termes, « the only teacher trying to get people to dance mambo » (le seul professeur qui essaie de faire danser le mambo aux gens) [1][3]. Ses propres amis refusent ses cours gratuits : « No, I’m going to a hustle class. Eddie, the mambo’s dead » (Non, je vais à un cours de hustle. Eddie, le mambo est mort) [3]. Torres leur répond avec une conviction que l’histoire validera : « The hustle is nothing but turn patterns that we invented in the mambo » (La hustle n’est rien d’autre que des passes de bras que nous avons inventées dans le mambo) [3].

Ce que Torres ne mentionne généralement pas — mais que McMains documente avec rigueur —, c’est que la hustle a aussi influencé le mambo en retour. Les lundis soirs aux Alexis Dance Studios, sur la 86e Rue, Torres échangeait des pas avec les danseurs de hustle. Paul Pellicoro et d’autres témoignent de ces sessions croisées [2]. Les danseurs de l’ère du Palladium interviewés par McMains — dont Michael Terrace — appelaient systématiquement les tours de Torres des « hustle turns » [2]. McMains conclut sans détour : « Although Torres himself does not usually mention hustle as a strong influence on the development of his style, the imprint of hustle on his dancing is so apparent that Palladium-era dancers I interviewed routinely referred to Eddie Torres ‘hustle turns’ » [2]. Le style Torres n’est pas une pure continuation du mambo du Palladium : c’est une synthèse créative où le rythme vient du Palladium, les passes de bras de la hustle, et les shines de sources multiples — jazz, pachanga, boogaloo [2].

Tito Puente, lui, ne doute jamais : « Forget the teachers. You invent a way. You have a gift. You make your own technique » (Oublie les professeurs. Invente ta propre méthode. Tu as un don. Crée ta propre technique) [3]. Au micro des soirées, Puente rappelle l’enjeu : les seuls danseurs encore actifs du mambo dans ces années-là sont Freddy Ríos, Mike Ramos et Eddie et María Torres — « Si ellos se retiran mañana, quizás esto se cae » (S’ils se retirent demain, peut-être que tout s’effondre) [5].


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Eddie Torres et TITO PUENTE : 21 ans de collaboration (1979–2000)

En 1979, Torres se présente devant Tito Puente avec une proposition : danser avec son orchestre. Puente le voyait chaque dimanche au Corso. Il accepte sans voir la chorégraphie ni la routine — pure confiance. Torres, des décennies plus tard, racontera ce moment fondateur à Barcelone : « En el 1979 con mi esposa, María, debutamos con él. Y lo demás fue historia » (En 1979, avec mon épouse María, nous avons débuté avec lui. Et le reste fut l’histoire) [5]. Le premier concert a lieu en janvier 1979, sur Ran Kan Kan et Palladium Days [5]. Vers 1980, lors du Latin Expo au NY Coliseum, le partenariat est formalisé sous le nom « The Tito Puente Dancers » [5][8]. Ce qui commence ces soirs-là durera vingt et un ans.

María Torres est la partenaire originale, l’épouse, la co-fondatrice — et, depuis 2019, la première femme académiquement créditée dans la création du On2 : les musicologues Simpson-Litke et Stover (Music Theory Spectrum, Oxford University Press, 2019) la nomment explicitement co-créatrice du style. Elle dansait depuis l’âge de quatre ans — tap, jitterbug, jive, hustle —, mais le mambo était le seul style qu’elle ne connaissait pas [5][8]. Elle est l’étudiante n°40 : Torres avait présenté sa vision de compagnie professionnelle à quarante élèves, trente-neuf sont partis — « They thought oh you’re crazy, there’s no money. And they walked out. I stood behind » [5]. Issue d’une famille de musiciens — parente de Ricardo Marrero, Dave Valentin et Angela Bofill [8] —, elle fera tous les costumes de scène et documentera quinze cahiers de shines [5][8]. Ensemble, ils deviendront « The Tito Puente Dancers ». Au micro, Puente les qualifie de « last of the Mohicans » et exhorte le public : « Eddie and Maria, the last mambo team in the world. You gotta send your children to their school. You gotta keep this alive » (Eddie et Maria, la dernière équipe de mambo au monde. Vous devez envoyer vos enfants dans leur école. Vous devez garder ça vivant) [2]. Le mariage durera plus de trente-cinq ans. Elle prendra soin de Rosa Torres, la mère d’Eddie, pendant douze ans avant son décès [5]. Quand on lui demande quel est son hobby préféré, Torres répond : « Estar con mi esposa en mi casa » (Être avec mon épouse chez moi) [5].

💃 Eddie & María Torres — NY International Salsa Congress, 2013 [8].

Le duo Torres-Puente dépasse la collaboration professionnelle pour atteindre une forme de fraternité. Puente, dans sa jeunesse, voulait faire carrière comme danseur professionnel — mais le destin l’a mené vers la musique. Torres sera le danseur que Puente n’a pas été. « Lo de Tito, la historia y el destino de él estaba escrito de él ser el rey de la música latina » (L’histoire de Tito et son destin étaient écrits : il serait le roi de la musique latine), dira Torres [5]. Après dix ans de collaboration, Puente formule ce qui deviendra l’une des phrases les plus citées du monde de la salsa : « You’re the ambassador for the dance and I’m the ambassador for the music » (Tu es l’ambassadeur de la danse et moi l’ambassadeur de la musique) [1][3].

Les anecdotes de coulisses, racontées par Torres dans une demi-douzaine d’interviews sur trois continents, dessinent un portrait de Puente d’une tendresse rare. Le maestro refuse systématiquement les buffets de luxe des concerts — caviar, langoustine, champagne — et réclame : « ¿Dónde están los sándwiches? ¡Un buen sándwich cubano! Búscame ahí una habichuela, un pedazo de pollo » (Où sont les sandwichs ? Un bon sandwich cubain ! Trouve-moi des haricots, un morceau de poulet) [5]. Avant chaque spectacle, il demande à Torres de choisir son costume — « Eddie, ¿qué me pongo hoy? » (Eddie, qu’est-ce que je mets aujourd’hui ?) — et renvoie sa propre femme : « Quédate tú para el lado que Eddie Torres me va a cuidar a mí, nosotros nos entendemos » (Reste de ton côté, Eddie Torres va s’occuper de moi, on se comprend entre nous) [5]. En tournée, Puente voyageait en première classe mais revenait en économie pour s’asseoir à côté de Torres : « It’s boring up there, everybody reading magazines » (C’est ennuyeux là-haut, tout le monde lit des magazines) [3]. En répétition, la discipline était absolue : si un musicien ne savait pas lire une partition, Puente montrait la porte — « Mira, ahí está la puerta » (Regarde, voilà la porte) [5].

En 1983, Torres est embauché pour donner des cours au Copacabana, lors des soirées salsa du mardi [1]. Vers 1985, il commence à enseigner au studio de Paul Pellicoro, ancien danseur de hustle devenu propriétaire de studio. Pellicoro témoignera plus tard auprès de McMains que les classes de Torres n’étaient pas vraiment des cours : « A lot of his classes were not about teaching people how to dance. It was about his dream of having a dance company. So you were auditioning for his dance company when you came to his class » (Beaucoup de ses cours ne visaient pas à apprendre aux gens à danser. C’était son rêve d’avoir une compagnie de danse. Donc quand on venait à ses cours, on auditionnait pour sa compagnie) [2].

Ce rêve se concrétise en 1987, l’année charnière. L’événement de l’Apollo, décrit en ouverture de cet article, est un double tournant : il relance le mambo à New York et marque la transition de Torres de professeur de nightclub à artiste et chorégraphe reconnu [1][2]. La même année, Torres fonde les « Eddie Torres Dancers », compagnie professionnelle de dix danseurs, et une académie pour enfants, financées par un grant du Tito Puente Scholarship Fund — une bourse de douze ans d’existence qui avait accordé cinquante-huit bourses, y compris à des élèves de Juilliard [3]. Lors de la cérémonie, Torres déclarera : « Tito Puente is directly responsible for my vision of becoming a professional Latin dancer » (Tito Puente est directement responsable de ma vision de devenir danseur latin professionnel) [3][8]. Les organisateurs du Scholarship Fund étaient Bob Rodriguez et Joe Conzo [3]. Parmi les danseurs recrutés pour l’Apollo ce soir-là : David Melendez, qui fondera plus tard le NY International Salsa Congress — le plus grand événement mondial de salsa [5]. L’Apollo de 1987 a littéralement engendré l’industrie des congrès de salsa.

L’Apollo 1987 n’est pas un événement isolé. Torres y retournera au moins quatre fois : en 1989 pour un hommage à Charlie Palmieri, avec Quimbara et Celia Cruz sur scène ; en 1990 pour Días En El Palladium avec l’orchestre de Puente ; en 1994 pour un gala au profit du Tito Puente Scholarship Fund ; et en 1997, aux côtés de Carmen Cruz, légende du Palladium. Cinq apparitions documentées sur la scène la plus mythique de Harlem [1][2][8].

Dans le sillage de l’Apollo, un phénomène communautaire émerge. Les danseurs non retenus dans la compagnie Torres continuent de se retrouver chez Paula Cornier, l’une des participantes [2]. Le groupe grandit rapidement — de chez Cornier au gymnase d’une église, quatre-vingts personnes par semaine, puis dans un local sur East 4th Street. Un club social préexistant appelé « Mambo Society » les approche pour fusionner, et le groupe adopte le nom. Les réunions sont gratuites, puis à deux dollars de donation. Le Mambo Society dissémine la technique et le comptage Torres à des centaines de New-Yorkais [2]. Mais le succès amène la fracture : certains membres tentent de réorienter la mission vers le profit. Paula Cornier s’y oppose avec une phrase qui résume un dilemme éternel : « It’s our culture. How do you sell our culture? » (C’est notre culture. Comment vend-on notre culture ?) [2]. Les membres fondateurs se retirent.

Au début des années 1990, la télévision s’empare du mambo revival. Un reportage de Steve Fox pour NBC montre Torres enseignant au Club Broadway de Manhattan, tandis que Walter Balin, soixante-quinze ans, confesse devant la caméra : « I’m addicted to the mambo. I admit it freely » (Je suis accro au mambo. Je l’admets librement) [3]. Le documentaire Mambo Madness, tourné par Stan Bernard pour NBC News, filme Torres enseignant en plein air au Lincoln Center lors des soirs d’été. Le journaliste le présente comme « the king of the mambo and probably New York’s leading teacher of the dance » (le roi du mambo et probablement le premier professeur de cette danse à New York) [3]. Le surnom « Mambo King » côté danse est à distinguer du « King of Latin Jazz » attribué à Tito Puente côté musique, et du film The Mambo Kings (1992), adaptation d’un roman de fiction d’Oscar Hijuelos [1][3]. Trois usages, trois référents — la confusion est fréquente mais infondée.

Le reportage de NBC introduit également Millie Donay, danseuse du Palladium qui « admits to stealing the Rita Hayworth moves » (admet avoir volé les mouvements de Rita Hayworth) et qui, plus de quarante ans après, danse toujours le mambo [3]. Donay attribue le revival du mambo à un film sorti la même année que l’Apollo : Dirty Dancing (1987). « I really don’t know what brought it back except maybe for Dirty Dancing the movie » (Je ne sais pas vraiment ce qui l’a ramené, si ce n’est peut-être le film Dirty Dancing) [3]. La coïncidence est frappante : la même année, Hollywood remet la danse de couple dans la culture populaire américaine, et Torres monte sur la scène de l’Apollo avec cinquante danseurs de rue. Zeitgeist ou hasard, le mambo renaît. Sa philosophie, Donay la résume en une phrase que Torres ferait sienne : « It’s not on the one, it’s not the mambo… It’s a feeling, a heartbeat » (Ce n’est pas sur le un, ce n’est pas le mambo… C’est un ressenti, un battement de cœur) [3]. Le pas « Millie Donay » du syllabus Torres est nommé d’après elle [1].

En 1990, un reportage de Channel 9 News, filmé dans le Bronx dans un lieu surnommé « El Condado de la Salsa » (Le Comté de la Salsa), montre Torres enseignant six nuits par semaine à des centaines d’élèves. Son syllabus compte alors cent cinquante pas [3]. La fille de Torres confirme devant la caméra : « He’s the best I’ve seen so far. Other than my daddy, of course » (C’est le meilleur que j’aie vu jusqu’ici. À part mon papa, bien sûr). Le reportage parle de « New York’s first family of mambo » (la première famille du mambo de New York) [3].

Cette philosophie de fusion, Torres l’avait formulée bien avant la consécration. Dès 1982, dans une interview filmée par une certaine Marion — la plus ancienne archive vidéo connue de Torres —, il nommait déjà son approche : « Avant-garde Latin dance, meaning simply that it’s a freeform innovation. It’s not restricted to any particular form. It doesn’t mean that it’s African or it’s modern or it’s jazz or ballet. It’s just a freeform idea » (Danse latine d’avant-garde, signifiant simplement que c’est une innovation en forme libre. Elle n’est pas restreinte à une forme particulière. Cela ne veut pas dire qu’elle est africaine ou moderne ou jazz ou ballet. C’est juste une idée en forme libre) [3]. Sa biographe Mary Kent (1995) confirme : « Broadway musicals, Ailey’s work, African dancing, and flamenco all were sources of inspiration for Eddie » [2]. McMains ajoutera Bob Fosse à cette liste [2]. Le style Torres est une fusion assumée — mais ancrée dans la tradition du mambo.

En 1992, Torres et Puente sont invités à danser pour le président George H.W. Bush au Ford Theatre, sur Ran-Kan-Kan, présentés par Jimmy Smits et Ricardo Montalban. Sur scène avec eux : Celia Cruz, Arturo Sandoval, Vicky Carr, Vanessa Williams et Rita Moreno [3][5][8]. Torres racontera l’échange entre Puente et le président avec une jubilation intacte des décennies plus tard : Puente se présente — « My name is Tito Puente. I am the Goodwill Ambassador for Latin music around the world » — et Bush répond : « Mr. Puente, I need no introduction to you. I’m a big fan of yours. » Puente, imperturbable : « After the show, I’m gonna give you an autograph. If you play your cards right » (Après le spectacle, je vais vous donner un autographe. Si vous jouez bien vos cartes) [3]. Lors d’un événement ultérieur, en présence cette fois du président Clinton, Puente surpasse encore cette insolence : quelqu’un annonce l’arrivée du président, et Puente lance — « Hazme un favor, chequea bien que él tenga una invitación, porque si él no tiene invitación, no entra aquí » (Fais-moi une faveur, vérifie bien qu’il a une invitation, parce que s’il n’a pas d’invitation, il n’entre pas ici). Torres : « Tito era así con todo el mundo, a él no le importaba » (Tito était comme ça avec tout le monde, il s’en fichait) [5].

🎺 Dance City (1994) — Eddie Torres & His Mambo Kings Orchestra. Direction musicale : Mitch Frohman. Liner notes : Tito Puente [1][9].

Vers la fin des années 1990, Torres emmène sa compagnie au premier West Coast Salsa Congress à Los Angeles, organisé par Albert Torres. Tito Puente, venu pour un concert à UCLA, fait une apparition surprise et découvre que toutes les équipes de danse utilisent sa musique pour leurs chorégraphies. Sa réaction, rapportée par Torres, mêle la surprise et la fierté : « I thought it was a tribute to me! Every dance team that came out was dancing to one of my numbers. When I wrote those tunes 20 years ago while being in the Palladium, I never thought they’d be having choreography to that music » (J’ai cru que c’était un hommage ! Chaque équipe qui passait dansait sur un de mes morceaux. Quand j’ai écrit ces airs il y a vingt ans au Palladium, je n’aurais jamais pensé qu’on chorégraphierait dessus) [3].

En 1998, Torres et sa compagnie performent au Madison Square Garden lors du 23e Salsa Music Festival annuel, organisé par Ralph Mercado et RMM Records, aux côtés de La India, Tito Rojas, Elvis Crespo, El Gran Combo et Eddie Palmieri [10]. L’année suivante, en 1999, Torres emmène vingt-huit danseurs à Porto Rico pour un numéro sur Azulito de Machito — une fusion théâtrale intégrant parapluies, moonwalk, breakdance, hustle, Charleston et jazz. « I was the first one who brought tricks into the mambo. I brought theater » (J’ai été le premier à introduire des figures dans le mambo. J’ai apporté le théâtre), revendique Torres [3]. Le danseur portoricain Felipe Polanco critique d’abord — « The circus is in town » (Le cirque est en ville) — avant de s’excuser des années plus tard, après avoir vu Torres maintenir aussi la tradition [3]. La même année, Torres reçoit le premier Salsaweb Lifetime Achievement Award lors de la première Convention internationale Salsaweb à Washington D.C. [8].

Le 31 mai 2000, Tito Puente meurt. Torres perd son partenaire, son mentor et, de son propre aveu, une figure paternelle. « The most memorable moment in this business was dancing in front of the King of Latin Music. Nothing bigger and nothing better than that » (Le moment le plus mémorable de cette carrière fut de danser devant le Roi de la Musique Latine. Rien de plus grand et rien de mieux que cela) [1][3]. Avant de mourir, Puente avait formulé un dernier mandat : « Eddie, cuando yo termine mi carrera, tú tienes que seguir porque tú tienes mucho todavía que lograr » (Eddie, quand je terminerai ma carrière, tu dois continuer parce qu’il te reste encore beaucoup à accomplir) [5]. Torres lui avait répondu, simplement : « Like a father. I was born to choreograph your music » (Comme un père. Je suis né pour chorégraphier ta musique) [3].


PAS DE BASE, shines et partnerwork : la méthode Mambo On2 (1990–2000s)

En 2001, Torres s’assoit pendant trois sessions — le 30 août, le 3 septembre et le 7 octobre — face à Diane Duggan, dans les locaux de la Jerome Robbins Dance Division de la New York Public Library [2][7]. Environ deux cent vingt minutes d’entretien, déposées en transcript, référencées sous le numéro OCLC 51057669. C’est probablement l’interview la plus longue et la plus détaillée jamais réalisée sur Torres. McMains la cite au moins huit fois avec des numéros de pages précis [2]. En 2003, la chercheuse Sydney Hutchinson l’interviewe à son tour pour ce qui deviendra la première étude académique majeure sur le Mambo On2, publiée en 2004 dans le CENTRO Journal de l’Université de la Ville de New York [1].

Ces deux travaux permettent de documenter l’évolution du syllabus Torres avec une précision rare. Dans les années 1970, Torres et LaBerta nomment les premiers pas. Dans les années 1980, le Mambo Society utilise un syllabus de vingt-cinq pas. En 1990, le reportage de Channel 9 en recense cent cinquante. En 2004, Hutchinson documente environ trois cents shines et deux cents passes de bras [1]. Dans les années 2020, Mambo Royalty revendique plus de cinq cents [8]. Chaque pas est nommé — souvent par association historique ou sensorielle — et chacun porte la mémoire d’une influence, d’une rencontre ou d’une époque. Le pas « Millie Donay » honore la danseuse du Palladium. Les « pachanga taps » renvoient à cette danse des années 1960 que Torres avait vue à quatorze ans à Porto Rico. Le « Michael Jackson » n’a pas besoin d’explication [1][2].

Les vidéos pédagogiques Salsa, Nightclub Style — Volume 1 et Volume 2, filmées dans les années 1990 et totalisant environ cinquante-six minutes de contenu — constituent la trace audiovisuelle la plus complète de la méthode Torres [8]. Torres y enseigne avec un conguero live sur le plateau : Eddie Montalvo, musicien légendaire des Fania All-Stars, ancien percussionniste d’Héctor Lavoe et de Willie Colón [8][9]. Pas de musique enregistrée, pas de playlist en fond — un musicien qui joue, et un professeur qui danse. La connexion musique-danse n’est pas un discours : c’est la structure même de l’enseignement.

La terminologie est propre à Torres et porte l’empreinte de LaBerta. Il parle de « contrary body movement » là où d’autres diraient « Cuban motion » — le terme vient du ballroom [8]. Il introduit le concept d’« override » pour les temps 4 et 8 : « The fourth beat you do not step on, but you override the four » (On ne pose pas le pied sur le quatrième temps, on le survole) [8]. Le pas de base est décrit comme « going forward: short, long, in place; going back: short, long, in place » [8]. Le premier shine du syllabus est confirmé comme le Suzy Q — « Our first open step, which I call the Suzy Q » [8]. Pour le styling masculin, Torres utilise l’image du « matador posture » — une influence espagnole et flamenco cohérente avec l’héritage d’Augie et Margo [1][8]. Pour les tours, une règle fondamentale : « Never hold on with the thumbs » (Ne jamais tenir avec les pouces) — libérer les pouces avant chaque tour pour éviter les blessures et permettre la fluidité [8]. Torres enseigne aussi la théorie musicale sur portée, dessinant le 4/4 et expliquant que « the basic time step is executed over two measures of music » (le pas de base s’exécute sur deux mesures de musique) [8].

🕺 Eddie Torres — Cha-Cha-Chá Show, 3rd World Stars Salsa Festival, 2017 [8].

Les danseurs des vidéos constituent un échantillon de la compagnie Torres à son apogée. Delille Thomas, « Mambo D », Haïtien, est le danseur principal des deux volumes — avec Duplessey dans le premier, avec Glenda dans le second [2][8]. Duplessey, en coulisses, confie à la caméra : « My name is Duplessi and I’m a Gemini. I’ve been with the company personally for over 11 years. I started when I was 14 » [3]. Angel, Janice, Alhelio — un Cubain que Torres présente avec fierté : « Alhelio is from Cuba, so he is going to give us a good, genuine interpretation of the Cuban step » [8] —, Maddie, probablement Madi Portes, qui passera huit ans dans la compagnie et dansera à l’Apollo, au Madison Square Garden, au Lincoln Center, au Windows of the World, au Sally Jessey Raphael Show avec Rita Moreno et Tito Puente, au Cosby Show avec Bill Cosby et Mario Bauzá, et dans Carlito’s Way avec Al Pacino [8].

La philosophie pédagogique de Torres se cristallise au fil des interviews, sur trois décennies et quatre continents. Le principe directeur, hérité de June LaBerta, tient en un acronyme : KISS — « Keep It Simple, Stupid ». LaBerta lui enseignait de se dire ce mot devant le miroir avant chaque cours [1][2]. À Varsovie en 2014 : « Correct practice makes perfect — I don’t agree with ‘practice makes perfect’, because you must practice correctly » (La pratique correcte mène à la perfection — je ne suis pas d’accord avec « c’est en forgeant qu’on devient forgeron », parce qu’il faut forger correctement) [5]. Il résume sa méthode en trois piliers : comprendre le timing musical — « If you can’t understand timing, it’s going to be very difficult to be an accomplished dancer » (Si tu ne comprends pas le timing, il sera très difficile de devenir un danseur accompli) —, trouver un bon professeur, et danser socialement — « That’s where the real dancing takes place, it’s like taking driving lessons and then getting on the road » (C’est là que la vraie danse a lieu, c’est comme prendre des leçons de conduite puis prendre la route) [5].

Sur la question du On1 contre le On2, Torres refuse systématiquement de hiérarchiser les styles, position documentée dans quatre interviews indépendantes réalisées en Israël, en Espagne, à Varsovie et à Barcelone : « Yo no voy a decir que el 1 es mejor que el 2 ni el 2 mejor que el 1 » (Je ne vais pas dire que le 1 est mieux que le 2 ni le 2 mieux que le 1) [5]. Il compare les timings à des langues : « Mientras mejor tú te preparas en cuestión de tiempo, es como hablar distintos lenguajes » (Mieux tu te prépares en matière de timing, c’est comme parler différentes langues) [5]. Il observe cependant un phénomène unidirectionnel : « People who learn the two and learn it well, they start to prefer the two. I’ve never heard people say that they would go back to the one and prefer the one » (Les gens qui apprennent le deux et l’apprennent bien, ils commencent à préférer le deux. Je n’ai jamais entendu quelqu’un dire qu’il retournerait au un et le préférerait) [5]. Tito Puente, lui, était plus catégorique : « Si vas a bailar mambo, lo tienes que bailar en 2 » (Si tu vas danser le mambo, tu dois le danser sur le 2) [5].

Sur le rapport entre danseur et partenaire, Torres énonce une éthique : « Don’t drive her crazy with all these turn patterns. The ladies like for you a few turn patterns, let them go, let them show off their moves » (Ne la rends pas folle avec toutes ces passes de bras. Les femmes aiment quelques passes de bras, puis lâche-les, laisse-les montrer leurs mouvements) [5]. La danse est une communication où « the mind takes second place, you bring your heart and your soul » (l’esprit prend la deuxième place, tu amènes ton cœur et ton âme) [5].

La vision de Torres sur le style new-yorkais est celle d’une fusion : « Our influence in the dance is from Afro-Cuban dances, it is from jazz, West Coast, from hip-hop. It’s from James Brown’s Boogaloo, it’s all that wrapped up. Jazz here, hip-hop here, modern here, ballet, everything mixed together » (Notre influence dans la danse vient des danses afro-cubaines, du jazz, de la West Coast, du hip-hop. Du Boogaloo de James Brown, tout ça mélangé. Jazz ici, hip-hop ici, moderne ici, ballet, tout mélangé) [5]. Il observait dès sa jeunesse dans les clubs : un prof de jazz, un danseur africain, un danseur de ballroom — « I would pick up a little bit of influence from each » (Je prenais un peu d’influence de chacun) [5].

« You took the dance out of the jungle and you brought it into the studio, civilized it with timing, structure, and the theory, but you paid a big price for it. You’ve lost that eye of the tiger. »

Un ami à Eddie Torres — Archives NYPL, 3 septembre 2001 [2][7]

Reste la question la plus vertigineuse, documentée par McMains à partir d’une confidence de Torres à Diane Duggan en septembre 2001 [2][7]. Torres reconnaît que la standardisation de la danse pour l’enseignement lui a fait perdre quelque chose. La citation en exergue ci-dessus n’est qu’un extrait. Voici la suite : « …that animal instinct that used to be the Eddie Torres in the night club, where you would not even open your eyes and you would be in such a trance of dance and nothing had any structure to it. You just looked like a wildcat out in the jungle just being in your natural habitat. And now I look at you and you’re more calm, more educated, more contained, more civilized » [2]. McMains pose alors la question qui hante tout pédagogue : « If even Eddie Torres is nostalgic for pre-institutionalized salsa, why then did he set his steps to counts? » (Si même Eddie Torres est nostalgique de la salsa pré-institutionnalisée, pourquoi alors a-t-il mis ses pas sur des comptes ?) [2]. La réponse rejoint la comparaison avec Balanchine : pour former une compagnie, il faut un vocabulaire commun. La codification était le prix de la transmission.

Un fait technique vient compléter ce paradoxe. McMains observe que Torres, alors même qu’il enseigne le rythme 1-2-3, 5-6-7, danse lui-même en contratiempo — c’est-à-dire sur le rythme Palladium — lors de nombreux spectacles [2]. Hutchinson, citée par McMains, note que « Torres dancers actually step well ahead of counts 1 and 5 » (les danseurs de Torres posent en fait le pied bien avant les temps 1 et 5) [2]. Le fossé entre la théorie pédagogique et la pratique performative de Torres est documenté académiquement — et il rend le personnage d’autant plus fascinant.


Les ÉLÈVES CÉLÈBRES d’Eddie Torres (1992–2020s)

Torres n’a pas seulement codifié une danse. Il a formé une génération de danseurs qui, en quittant sa compagnie, ont essaimé le Mambo On2 sur quatre continents.

Le premier élève à ouvrir sa propre école est Jimmy Anton, un Péruvien, en 1992 [2]. En 1995, Delille Thomas, le danseur principal des vidéos pédagogiques, quitte la compagnie pour fonder sa propre structure [2]. La même année, Wilton Beltre, un Dominicain, part pour créer la Santo Rico Dance School [2]. Frankie Martinez fondera Abakuá Dance Company, spécialisée dans le retour au style afro-cubain [1]. Evelyn León, lead dancer Nuyorican de la compagnie, formera Luis Zegarra, un Péruvien fondateur de Fuerza Latina, qui témoignera plus tard que quatre-vingt-cinq pour cent des danseurs de New York dansaient en On1 au milieu des années 1980 — mais qu’au début des années 1990, la majorité était passée en On2 [2]. Mike Bello, membre du Mambo Society, exportera le style On2 à Los Angeles via ses projets Mambo Men et Mambo Squad [8]. Nelson Flores, directeur de Descarga Latina, co-produira en 2001 Latin Madness, un musical off-Broadway qui retrace l’histoire de la danse latine, des Caraïbes au Palladium, du boogaloo à la disco hustle, jusqu’au mambo revival — avec au moins trois ans de représentations et une tournée au LA Salsa Congress en 2003 [2][8]. Manny Siverio, membre de la compagnie de 1996 à 1998, fondera SalsaNewYork.com, l’un des premiers sites web documentant la scène salsa new-yorkaise [8]. Marcus Nieves deviendra en 2008 le premier instructeur certifié Eddie Torres au New Jersey [8]. Priscilla Renta, ancienne danseuse de la compagnie dans les années 1990, deviendra chercheuse académique sur la salsa, publiant dans Salsa World chez Temple University Press [10].

L’histoire de Stacey Lopez mérite d’être racontée à part. Portoricain natif de Cayey, arrivé à New York en 1985 pour l’université, Lopez avait grandi en dansant en On3, le style prédominant dans sa ville. Il danse avec Torres à l’Apollo en 1987, lors de la première performance de la compagnie. McMains rapporte son témoignage avec un verbatim saisissant : « Eddie tried to teach me on-2. And I’m doing on two legs. I’m doing whatever I feel. […] But when I do my solos, I’ll get off beat. I’ll just kick it, bang, bang, bang, and bang. And he told me, ‘I just want you to just get out there and just be yourself.’ And I was myself, stole the show that night. I got a standing ovation » (Eddie a essayé de m’apprendre le On2. Et moi je danse sur deux jambes. Je fais ce que je sens. […] Mais quand je fais mes solos, je sors du temps. Et il m’a dit : « Je veux juste que tu montes sur scène et que tu sois toi-même. » Et j’ai été moi-même, j’ai volé le spectacle ce soir-là. J’ai eu une standing ovation) [2]. La standing ovation est visible dans le documentaire ¡A Bailar!. Lopez retournera à Porto Rico dans les années 1990 et y introduira le On2 Torres en enseignant au studio Dance 4U — le premier vecteur documenté de transmission du On2 vers l’île [2].

Seaon Bristol brisera les normes de genre : leader et follower à la fois, il attirera une file d’attente de partenaires masculins triple par rapport aux partenaires féminines. Invité à rejoindre la compagnie, il performera au West Coast Salsa Congress en 1999 avant de déménager à Los Angeles [2].

Les partenaires de danse de Torres dessinent une autre cartographie [8]. Après María Torres, partenaire originale et épouse, les noms se succèdent au fil des congrès et des décennies : Nancy Ortiz « La Chacon » dans les années 2000, formée par Torres et certifiée pour enseigner sa technique ; Melissa Rosado « The Mambo Princess », experte technique Torres qui a dansé avec Tito Puente et Celia Cruz avant de devenir partenaire d’Adolfo Indacochea ; Griselle Ponce « The Mambo Diva », fondatrice de The House of Dance et partenaire régulière en congrès internationaux entre 2005 et 2016, documentée à Marrakech, à Marseille, à Saint-Pétersbourg ; Shani Talmor, entre 2013 et 2015, au Croatian Summer Salsa Festival et au Scarlet Mambo ; Carla Voconi, danseuse italienne, partenaire à partir de 2012, fondatrice du Glam Mambo Project ; Vanessa Lacedonia, autre danseuse italienne formée par Maykel Fonts en afro-cubain, que Torres encouragera à Varsovie en 2014 : « Always bring your Afro-Cuban influence into whatever I teach you » (Apporte toujours ton influence afro-cubaine dans tout ce que je t’enseigne) [5] ; Maria Chiara Barone, partenaire actuelle depuis 2018, documentée au Paris International Salsa Congress ; et Bersy Cortez, danseuse vénézuélienne basée en Espagne, pour un show ponctuel au 3rd World Stars Salsa Festival en 2017 [8]. La tendance des années 2010-2020 — une prédominance de partenaires italiennes — reflète la puissance de la scène Mambo On2 en Italie [8].

🕺 Eddie Torres — Workshop Cha-Cha-Chá avec Eddie Torres Jr., Adolfo Indacochea, Carla Voconi et Shani Talmor [8].

Parmi les collaborateurs et les figures qui gravitent autour de Torres, quelques-uns méritent une mention particulière. Billy Fajardo, champion du monde de hustle, découvert par Tito Puente en 1978, co-juge avec Torres et Cuban Pete au Walt Disney Sports Complex d’Orlando vers 2009, lors d’un événement DanceSport où Torres impose ses critères : « What we should be looking for is what people do naturally in the streets, not so technical, not so plastic » (Ce que nous devrions chercher, c’est ce que les gens font naturellement dans la rue, pas trop technique, pas trop plastique) [3]. Un couple de Curaçao, en du-rag et t-shirt, remporte le premier prix devant trente-cinq couples en costumes de Las Vegas, à l’unanimité des juges [3]. Daniel Castillo, danseur espagnol formé au flamenco avec le maestro Manolete Reyes, est repéré par Torres au Congrès de Murcia : « Tenía un estilo, un aire […] que me atrajo la atención, yo dije, wow, este muchacho se le ve que nació con el talento para el baile » (Il avait un style, un air […] qui a attiré mon attention, j’ai dit, wow, ce garçon, on voit qu’il est né avec le talent pour la danse) [5]. Torres admire sa patience et son perfectionnisme — Castillo refuse de monter sur scène avant d’être prêt —, et le place au même niveau qu’Adolfo Indacochea pour la discipline [5]. Johnny Vazquez, maître du On1, est salué par Torres avec une admiration sans réserve : « When I saw Johnny Vazquez for the first time I was like oh my God I flipped out because I saw such a beautiful talent » (Quand j’ai vu Johnny Vazquez pour la première fois, j’ai été renversé, parce que j’ai vu un talent si beau) [5]. Malgré sa préférence pour le On2, Torres refuse de hiérarchiser les styles : « Variety is the spice of life » (La variété est le sel de la vie) [5].

Vers 2012, Ron Puente, fils de Tito, remet à Torres un Lifetime Achievement Award lors d’un événement dans le Bronx, en présence de Margie Puente (veuve de Tito) et de Crazy Legs, légende du breakdance et du Rock Steady Crew [3]. Torres, quarante-deux ans de carrière derrière lui, plaisante avec Crazy Legs, qui en comptabilise vingt-neuf : « You still have about another 12 years to catch up to me » (Il te reste environ douze ans pour me rattraper) [3]. Puis, tourné vers l’absence de Puente, il prononce les mots les plus émouvants de la cérémonie : « Tito, hang in there, I’ll be dancing with you soon. When my time comes I’m going to go up there and join Tito and we’re gonna have a big salsa party in the sky. But we’re gonna call it mambo again » (Tito, tiens bon, je danserai bientôt avec toi. Quand mon heure viendra, je monterai là-haut rejoindre Tito et on fera une grande fête salsa dans le ciel. Mais on l’appellera mambo à nouveau) [3].

Cette dernière phrase fait écho à un débat que Torres, Puente et bien d’autres ont mené toute leur vie. Ni Torres, ni Puente, ni Graciela — chanteuse vedette de l’orchestre de Machito, connue comme « The First Lady of Latin Jazz » — n’acceptaient le terme « salsa » pour désigner leur musique et leur danse. Puente, célèbre : « The only salsa I know is sold in a bottle called ketchup » (La seule salsa que je connais est vendue dans une bouteille appelée ketchup) [1]. Graciela, dans une interview au magazine JazzTimes en octobre 2004, est plus explicite encore : « Someone took away the names of the Cuban music. Each rhythm had a name and a dance associated with it. Along the way, someone called it salsa and changed all the beautiful names: guaguanco, rumba, danzon. For me salsa doesn’t exist — only the rhythms of Cuba! » [6]. Torres et Puente finiront par accepter le terme par pragmatisme commercial — mais pas par conviction [3].


Eddie Torres : l’homme derrière le MAESTRO

Vers 2018 — Torres a soixante-huit ans, sa mère en a quatre-vingt-sept —, il est interviewé en Israël par Adrián y Anita, un couple de compétiteurs uruguayens qu’il surnomme « los campeones » [5]. Il décrit l’événement comme « l’événement le plus impressionnant et le plus beau » de toute sa carrière mondiale : « La pasión y el gozo que yo vi este fin de semana, no lo he visto en ninguna parte » (La passion et la joie que j’ai vues ce weekend, je ne les ai vues nulle part) [5]. C’est dans cette interview, la plus intime de toutes, qu’il révèle des pans de sa vie que personne n’avait documentés.

Torres n’a pas grandi dans la facilité. Sa sœur est décédée par suicide à vingt-huit ans. Son frère a été emporté par l’héroïne. L’enfance a été violente — Torres apprend la boxe et les arts martiaux pour se défendre dans les rues de Spanish Harlem. La danse n’est pas un hobby : c’est une thérapie prescrite, littéralement. Un médecin lui a recommandé la danse pour traiter un asthme émotionnel. Torres résume avec l’humour grave qui le caractérise : « I come from a major dysfunctional family… dancing was therapeutic. And it’s a lot cheaper than therapy » (Je viens d’une famille profondément dysfonctionnelle… la danse était thérapeutique. Et c’est beaucoup moins cher qu’une thérapie) [3].

Torres a travaillé onze ans dans un programme avec des enfants atteints de spina bifida, quadriplégiques et paraplégiques : « Yo pasé once años, once años de mi vida trabajando en un programa con niños incapacitados, con espina bífida, cuadrapléjicos… Solamente de trabajar con ellos, te partía el alma, porque no era una cosa fácil bregar con esa miseria que uno ve. Pero yo le decía, ¡Dios mío, yo nunca en la vida me voy a quejar de nada! » (J’ai passé onze ans, onze ans de ma vie à travailler dans un programme avec des enfants handicapés, avec spina bifida, quadriplégiques… Rien que de travailler avec eux, ça te brisait l’âme, parce que ce n’était pas facile de gérer cette misère que l’on voit. Mais je me disais : Mon Dieu, plus jamais de ma vie je ne me plaindrai de quoi que ce soit !) [5]. Cet engagement n’est documenté nulle part ailleurs — un apport inédit majeur des sources primaires du Studio24. Parallèlement, au Kips Bay Boys & Girls Club dans le Bronx, Torres lance un programme de danse latine pour enfants qui passe de vingt à cent, puis à deux cents élèves [3]. En 1995, il fonde l’Eddie Torres Junior Company — une troupe de très jeunes danseurs qui fait ses débuts au Madison Square Garden [8].

Derrière la foi se cache une blessure. Torres s’est marié très jeune et a divorcé très jeune — le mariage n’a pas duré un an et demi. La dépression qui a suivi l’a mené, vers 1981, à une conversion chrétienne : sa mère l’amène à l’église, il répond à l’appel de l’autel. Mais il quitte la foi en moins d’un an. Le cycle spirituel de Torres — foi, doute, retour — traversera les décennies [5].

Sa foi chrétienne traverse la conversation avec une intensité calme : « Cristo para mí es una relación personal que tengo con él. Y él sigue, yo le he fallado, yo siempre sigo en mi camino y fallo, pero él es un amigo que nunca me ha fallado, nunca » (Le Christ est pour moi une relation personnelle. Et il continue, je l’ai déçu, je continue sur mon chemin et j’échoue, mais il est un ami qui ne m’a jamais déçu, jamais) [5]. Torres raconte sa rencontre avec Tito Curet Alonso, le compositeur portoricain légendaire qui avait écrit pour tous les grands noms de la salsa, au studio d’Aníbal Vázquez à New York. Torres le salue avec admiration. Curet Alonso, un chapeau de paille sur la tête, endormi sur une chaise, lui répond simplement : « No, mijo, honor es conocer a Dios » (Non, mon fils, l’honneur c’est connaître Dieu) [5]. Torres adoptera cette phrase comme réponse personnelle aux compliments.

C’est dans ce contexte de foi que se place le moment le plus émouvant de la vie familiale Torres. Sa fille Nadia avait commencé la danse à trois ans avec ses parents sur scène. Après dix-huit années de danse professionnelle, à vingt et un ans, elle arrête. Ses mots : « Papi, ya no voy a bailar pa’l mundo, ni pa’ ti, ahora me voy a bailar pa’ Cristo. Le voy a dedicar mi vida a él » (Papa, je ne vais plus danser pour le monde, ni pour toi, maintenant je vais danser pour le Christ. Je vais lui dédier ma vie) [5]. Torres, profondément ému, respecte sa décision. Il la décrit comme un modèle qu’il espère un jour suivre.

Rosa Torres, la mère d’Eddie, est celle qu’il appelle « the root of my inspiration » (la racine de mon inspiration) et « my number one fan » (ma fan numéro un) [3]. D’abord sceptique — « Mijo, búscate un trabajo con las manos » —, elle finit par comprendre : « Ya parece que el diseño estaba ahí en tu vida, eso no fue una coincidencia. Eso parece que ya estaba en tu destino » (On dirait que le dessein était déjà là dans ta vie, ce n’était pas une coïncidence. On dirait que c’était déjà dans ton destin) [5]. Son dicton favori, que Torres cite comme un mantra : « Haz las cosas bien pa’ que te duren. No es llegar ni ser artista ni famoso, es mantener y seguir creciendo. No seas chapucero. Trabaja por lo que consigues y siempre sé humilde » (Fais les choses bien pour qu’elles durent. Ce n’est pas arriver ni être artiste ni célèbre, c’est se maintenir et continuer à grandir. Ne sois pas un bâcleur. Travaille pour ce que tu obtiens et sois toujours humble) [5]. En 2018, Rosa a quatre-vingt-sept ans et est « muy frágil » (très fragile). Torres : « Deja apreciarla, cada día » (Il faut l’apprécier, chaque jour) [5].

Quand on lui demande comment il veut qu’on se souvienne de lui, Torres emprunte une expression à Ismael Rivera, « El Sonero Mayor » : « Soy un negrito chévere » (Je suis un petit noir sympa). Et il ajoute : « Si me preguntan cómo quiero que la gente me recuerde — que digan, Eddie Torres era un tipo chévere » (Si on me demande comment je veux qu’on se souvienne de moi — qu’on dise, Eddie Torres était un type sympa) [5].


Eddie Torres et Adolfo Indacochea : la FRACTURE

🎙️ « Picante y Diferente » — Fernando Sosa interviewe Adolfo Indacochea (~39 min, espagnol) [11].

Adolfo Indacochea est un danseur péruvien arrivé à New York vers 2004. Torres le repère immédiatement. Dans trois interviews indépendantes, en Espagne, à Varsovie et à Barcelone, Torres le cite positivement : « Adolfo Indacochea, que también es un estudiante así, que él estudia bien y le gusta hacer su estudio muy enfocado, una disciplina, y tiene un talento natural » (Adolfo Indacochea, qui est aussi un étudiant comme ça, qui étudie bien et aime faire ses études très concentrées, une discipline, et a un talent naturel) [5]. Et plus tard : « Adolfo Indacochea que es de Perú, llegó a Nueva York y yo rápido vi el talento y le abrí las puertas y lo ayudé en todo lo que pude » (Adolfo Indacochea, qui est du Pérou, est arrivé à New York et j’ai vite vu le talent et je lui ai ouvert les portes et je l’ai aidé autant que j’ai pu) [5]. Vers 2006, Torres lui donne sa « bénédiction » pour voler de ses propres ailes [8].

Les années qui suivent sont celles de la construction internationale. Depuis Milan, Indacochea fonde les Latin Soul Dancers et devient l’un des danseurs de mambo On2 les plus influents au monde. À Varsovie en 2014, Torres le cite avec Juan Matos comme « ambassadors of On2 in Europe » (ambassadeurs du On2 en Europe) [5]. En 2013, les trois — Torres père, Indacochea et Torres fils — performent ensemble sur Babarabatiri de Tito Puente à La Vieja Guardia de New York [8]. Vers 2017, Indacochea produit un tribut au maestro et à Tito Puente — « Tribute to The Kings » / « Fiesta a la King » — dans lequel Torres père et fils dansent. Indacochea demande la bénédiction pour conserver une structure de pas : « Lo voy a dejar como lo hace usted, porque es parte de mi tributo a usted » (Je vais le garder comme vous le faites, parce que c’est une partie de mon tribut à vous). Torres répond : « Hijo mío, sí, todo bien » (Mon fils, oui, tout va bien) [11]. Les relations sont décrites comme bonnes : « Mientras que estaba por acá en Europa, todo estaba perfecto » (Tant qu’il était ici en Europe, tout était parfait), résume Indacochea [11].

Vers 2020, Indacochea s’installe à Manhattan et ouvre Empire Mambo (224 W 35th Street, quinzième étage). Torres enseigne à quatre blocks de là (25 W 31st Street). Le déclencheur est territorial, non artistique : « El momento que llegué a Nueva York… ya no le caí simpático a mucha gente » (Le moment où je suis arrivé à New York… je n’ai plus été apprécié par beaucoup de monde), confie Indacochea [11]. Un post est publié sur les réseaux sociaux — sans nommer Indacochea — stipulant qu’aucun tiers non familial n’a le droit de copier ou utiliser les chorégraphies d’Eddie Torres. Le milieu identifie unanimement la cible. Indacochea ne répond pas publiquement [11]. La seule chorégraphie reprenant une structure de Torres est le tribut explicite, réalisé avec sa bénédiction et dans lequel Torres lui-même avait dansé. Les quatre-vingts autres chorégraphies d’Indacochea sont originales [11].

Indacochea résume sa position en une phrase qui condense le conflit et la gratitude : « Mi maestro. Siempre su fan número uno. Mis hijos comen gracias a lo que él me enseñó. Todo lo que hago, al fin al cabo, gracias a él » (Mon maître. Toujours son fan numéro un. Mes enfants mangent grâce à ce qu’il m’a enseigné. Tout ce que je fais, en fin de compte, grâce à lui) [11]. Il se positionne comme le continuateur : « Mi maestro va a ser Maradona. Pero yo soy Messi » (Mon maître sera Maradona. Mais moi, je suis Messi) [11]. Fernando Sosa, en tant qu’observateur, analyse la dynamique : « Es muy fácil decir que… apenas llegas y tocas mi territorio y me sacaste dos alumnos, ya te odio » (C’est très facile de dire que… dès que tu arrives et que tu touches mon territoire et que tu m’as pris deux élèves, je te déteste) [11].

La fracture a créé une bipolarisation de la scène On2 à Manhattan : d’un côté la « dynastie Torres » — Mambo Royalty, légitimité historique, nom de famille —, de l’autre l’« empire Adolfo » — Empire Mambo, modernisation pédagogique, diversification, présence digitale. Deux studios enseignant le même style à quatre blocks de distance. Cette situation est unique dans l’histoire du Mambo On2 et a des répercussions sur la transmission du style à l’international [8][11].


Eddie Torres Jr. : de MAMBO ROYALTY à Hollywood (2020s)

Le fils d’Eddie Torres s’appelle Eduardo Naborí Torres [5]. Né de la relation entre Torres et Nelida Tirado — danseuse de flamenco américaine d’origine portoricaine, née dans le Bronx, soliste au Metropolitan Opera, membre de la production Riverdance à Broadway, artiste de Noche Flamenca, et nommée « 25 to Watch » par Dance Magazine en 2007 [8] —, il a d’abord étudié le piano et la clarinette à la Celia Cruz Bronx High School of Music, puis le ballet, le jazz, le modern et l’afro-caribéen au Ballet Hispanico et au Peridance Capezio Center [8].

En 2021, Eddie Torres Jr. et Princess Serrano sont engagés comme Associate Latin Choreographers et Principal Dancers pour le film In The Heights (Warner Bros., réalisé par Jon M. Chu, avec Anthony Ramos). Le lead choreographer Christopher Scott les avait initialement engagés comme danseurs — il les promeut chorégraphes après avoir découvert leur connaissance de l’histoire de la danse [8]. Le style On2 d’Eddie Torres père est le style latin prédominant du film. La scène du club est du mambo On2 authentique avec des danseurs locaux castés. « Carnaval del Barrio » met en scène des drapeaux par pays et des styles traditionnels. « 96,000 », la scène de la piscine, mobilise quatre-vingt-dix danseurs [8]. Torres Jr. sera aussi assistant chorégraphe sur Being the Ricardos (Amazon, 2021) et danseur dans Christmas Chronicles 2 (Netflix, 2020) [8].

🎬 ¡Wepa! The Choreography of In The Heights — HBO Max [8].

Mambo Royalty NYC, au 520 8th Avenue, est dirigé par Torres Jr. et Princess Serrano en collaboration avec Tito Puente Jr. — perpétuant l’héritage familial conjoint Torres-Puente, une génération plus tard [8]. Eddie Torres Jr. compte plus de soixante-quinze mille abonnés sur Instagram et siège au conseil consultatif de l’International Salsa Museum de New York [8]. En 2021, la Recording Academy (GRAMMY.com) publie la série vidéo « Histories: Salsa Music in NYC » pour le Hispanic Heritage Month, dans laquelle père et fils sont interviewés. Eddie Torres père détient un Certificate of Appreciation pour plus de dix ans en tant que membre votant de l’Académie, engagé dans la préservation de la musique latine [8].

Torres père, à soixante-quinze ans, enseigne toujours à son studio de Manhattan (25 W 31st Street) et anime un bootcamp au NY International Salsa Congress 2025 [8]. Ses rêves non réalisés — un musical latino à Broadway, qu’il imaginait sous le titre « Palladium » ou « Salsa, La Celebración », et un film majeur en tant que chorégraphe [5] — ont trouvé un accomplissement partiel à travers son fils et In The Heights.

À Varsovie en 2014, Torres dessinait trois générations de danseurs : celle du Palladium dans les années 1940-1950, la sienne dans les années 1960, et la génération actuelle qui intègre hip-hop et storylines [5]. En février 2024, sur le forum SalsaForums, un fil de discussion intitulé « What is happening to mambo/on2 » pose la question du déclin possible du style à New York [8]. La question reste ouverte. Mais le dernier conseil de June LaBerta — « Maintain tradition, but also go with the future » — semble trouver sa réponse dans la trajectoire d’Eddie Torres Jr. : Hollywood, réseaux sociaux, collaborations Grammy.com, tout en préservant le On2 authentique de son père.


Apprendre le MAMBO ON2 à Liège et en ligne

Le soir du Nouvel An 2013, à l’école de mambo Salsability de Rotterdam, Xavier Colina danse. Adolfo Indacochea, accompagné de sa partenaire Tania Cannarsa, le remarque. Xavier avait étudié les pas d’Eddie Torres par lui-même depuis Liège, en autodidacte passionné, de congrès en congrès et de vidéos YouTube en vidéos YouTube. Cette rencontre aboutira plus tard à l’étude de la méthode d’Adolfo — structurée sur le socle pédagogique hérité de Torres — via le programme de certification internationale World Mastery. Xavier fonde Le Studio24 à Liège, en Belgique.

Le Mambo On2 « Eddie Torres style » — le comptage 1-2-3, 5-6-7, les shines, le contrary body movement, la philosophie de musicalité et de connexion qui traverse cet article de bout en bout — est l’un des styles qui s’enseignent au Studio24, à plus de cinq mille kilomètres de Manhattan. Mais le Studio24 porte aussi l’héritage de Fernando Sosa en Salsa On1, de Korke y Judith en Bachata Sensual, et d’autres maîtres auprès desquels Xavier s’est formé au fil de vingt ans de congrès internationaux. La passion s’est transmise : Torres a formé Adolfo, Adolfo a formé Xavier, Xavier transmet à Liège et en ligne — et chaque style enseigné au Studio24 porte la trace d’un maître et d’une rencontre.


Tu veux apprendre le style d’Eddie Torres ?

🎓 Xavier enseigne le Mambo On2 au Studio24 à Liège — ou en ligne partout dans le monde via le Studio Live.


FAQ : Tout savoir sur EDDIE TORRES et le Mambo On2

🎂 Quel ÂGE a Eddie Torres en 2026 ?

Eddie Torres (parfois orthographié Eddy Torres) aura 76 ans le 3 juillet 2026. Il est né le 3 juillet 1950 à l’Harlem Hospital Center de New York — le même hôpital où naquit Tito Puente en 1923 [1][2]. À 75 ans, il continue d’enseigner le Mambo On2 à son studio de Manhattan (25 W 31st Street) et a animé un bootcamp au NY International Salsa Congress 2025.

🎵 Qu’est-ce que le MAMBO ON2 ou Eddie Torres Style ?

Le Mambo On2 (aussi appelé « New York Style » ou « Eddie Torres Style ») est une méthode de danse codifiée par Eddie Torres à New York. Le pas de base se compte 1-2-3, 5-6-7 avec un changement de direction sur les temps 2 et 6, en connexion avec le seco (frappe forte) du tumbao de conga. Torres a codifié +500 pas — shines (solo) et passes de bras (couple) — constituant le premier syllabus structuré de l’histoire du mambo [1][2]. Attention : 1972 est la date où Torres décide de devenir professionnel, pas la date de création du syllabus, qui s’est développé progressivement des années 1970 aux années 2000 [2][4].

❓ Eddie Torres a-t-il INVENTÉ le Mambo On2 ?

Non — il l’a codifié, pas inventé. Le mambo se dansait déjà sur le temps 2 dans les rues de New York et au Palladium Ballroom avant Torres. Dès ses débuts d’enseignant au tournant des années 1970, Torres faisait danser ses élèves sur le 2 en suivant le seco de la conga de son ami Rafi, sans connaître la théorie musicale [1][3]. La chercheuse McMains (Oxford University Press, 2015) démontre que le comptage Torres (1-2-3, 5-6-7) est une innovation personnelle — pas un héritage direct de ses aînés du Palladium, qui comptaient différemment (2-3-4, 6-7-8) [2]. Torres a transformé une danse instinctive en système enseignable. La danse de rue est devenue une discipline artistique.

👑 Pourquoi le surnomme-t-on « The MAMBO KING » ?

Le surnom « Mambo King » appliqué à Eddie Torres désigne le roi du mambo côté danse. Il apparaît dès les reportages NBC du début des années 1990, quand le journaliste Stan Bernard le présente comme « the king of the mambo and probably New York’s leading teacher of the dance » [3]. Ce titre est distinct du « King of Latin Jazz » attribué à Tito Puente (côté musique) et du film The Mambo Kings (1992), fiction adaptée du roman d’Oscar Hijuelos. Trois usages, trois référents — la confusion est fréquente mais infondée [1][3].

🕺 Le On2 est-il la SEULE vraie façon de danser le mambo ?

Non. Il existe au moins deux écoles légitimes du On2 : le comptage « Eddie Torres » (break sur le 2, pas de base 1-2-3, 5-6-7) et le comptage « Power 2 » d’Angel Rodríguez (break sur le 2, pas de base 2-3-4, 6-7-8, calqué sur le son cubain). Les deux se réclament de la tradition du Palladium. Le débat sur l’authenticité est autant commercial que culturel. Torres lui-même refuse de hiérarchiser : « Yo no voy a decir que el 1 es mejor que el 2 ni el 2 mejor que el 1 » [1][5].

💃 Le style Torres est-il du PUR MAMBO sans influence extérieure ?

Non — c’est une synthèse créative. McMains (Oxford University Press, 2015) documente que les passes de bras de Torres sont largement dérivées de la hustle, absorbée lors d’échanges aux Alexis Dance Studios dans les années 1970-80. Les danseurs du Palladium interviewés par McMains appelaient ses tours des « hustle turns » [2]. Le rythme vient du Palladium, les passes de bras de la hustle, les shines du jazz (Jo-Jo Smith), de la pachanga, du boogaloo, et du flamenco (Augie & Margo). Torres résume : « Jazz here, hip-hop here, modern here, ballet, everything mixed together » [5].

🤝 Les CHORÉGRAPHIES de Torres ont-elles été copiées par ses élèves ?

La seule chorégraphie d’Adolfo Indacochea reprenant une structure de pas d’Eddie Torres est un tribut explicite (« Tribute to The Kings » / « Fiesta a la King »), réalisé avec la bénédiction verbale du maestro. Torres père et fils ont eux-mêmes dansé dans ce tribut. Les 80+ autres chorégraphies d’Adolfo sont originales. Indacochea résume : « Mi maestro. Siempre su fan número uno. Mis hijos comen gracias a lo que él me enseñó » [11].

🎺 Combien de temps Eddie Torres a-t-il COLLABORÉ avec Tito Puente ?

Eddie Torres a collaboré avec Tito Puente pendant 21 ans, de leur premier concert en 1979 jusqu’au décès du maestro le 31 mai 2000 [3][5]. Après dix ans de collaboration, Puente formula la phrase devenue célèbre : « You’re the ambassador for the dance and I’m the ambassador for the music » [1][3]. Ensemble, ils ont performé à l’Apollo Theater, au Madison Square Garden, au Ford Theatre (devant le président Bush en 1992), au Lincoln Center et au Copacabana. Torres a également produit l’album Dance City (1994) avec les musiciens de Puente.

🎬 Qui est EDDIE TORRES JR. ?

Eduardo Naborí Torres est le fils d’Eddie Torres et de la danseuse de flamenco Nelida Tirado (Met Opera, Riverdance, Noche Flamenca). Formé au piano/clarinette (Celia Cruz Bronx HS) puis en ballet/jazz/modern (Ballet Hispanico, Peridance), il a été Associate Latin Choreographer et Principal Dancer sur le film In The Heights (Warner Bros., 2021), où le Mambo On2 Torres est le style latin prédominant. Aussi : Being the Ricardos (Amazon, 2021) et Christmas Chronicles 2 (Netflix, 2020). Il co-dirige Mambo Royalty NYC (520 8th Avenue) avec Princess Serrano et Tito Puente Jr., perpétuant l’héritage familial Torres-Puente une génération plus tard. 75 000+ abonnés Instagram (@eddietorresjr).

📚 Où apprendre le MAMBO ON2 en ligne ou à Liège ?

En ligne (monde entier) : le Studio Live du Studio24 propose +300 leçons HD de Mambo On2 basées sur la méthode d’Adolfo Indacochea, élève direct d’Eddie Torres. Essai gratuit 7 jours, accessible partout dans la francophonie.
À Liège (Belgique) : Xavier Colina enseigne le Mambo On2 au Studio24 (Rue Léon Troclet 24), formé dans la lignée Torres → Indacochea. Du niveau Initiation au niveau Avancé. Premier cours d’essai à 10€, sans réservation.

🌍 Mambo On2, SALSA PORTORICAINE ou Salsa New-Yorkaise : quelle différence ?

Ce sont trois noms pour le même style de danse. Aux États-Unis et dans le monde de la danse, on parle de Mambo On2 ou de New York Style — les termes utilisés par Eddie Torres lui-même [1][3]. En France et en Belgique, le grand public utilise souvent Salsa Portoricaine ou Salsa New-Yorkaise : ces appellations européennes viennent du fait que Torres et la majorité des légendes new-yorkaises (les Nuyoricans) étaient d’origine portoricaine [1][2]. Cependant, le style intègre aussi des influences cubaines, jazz et hustle [2] — ce n’est pas une danse « de Porto Rico » au sens strict. Au Studio24, on enseigne le Mambo On2 dans la lignée directe Torres → Indacochea, quel que soit le nom que tu lui donnes.


Xavier Colina — Professeur de Mambo On2, Le Studio24 Liège

Sources & Bibliographie

  1. Hutchinson, S. (2004). « Mambo On 2: The Birth of a New Form of Dance in New York City. » CENTRO Journal, Vol. XVI, No. 2, Fall 2004, p. 109-137.
  2. McMains, J. (2015). Spinning Mambo into Salsa: Caribbean Dance in Global Commerce. Oxford University Press, 409 p.
  3. Interviews primaires d’Eddie Torres — 34 segments audio/vidéo transcrits (~1982-2025) : Interview Marion (1982), Interview Fred/Zurich (2011), Interview Willie Rivera/Latin Heat (~2000), Reportages TV (Channel 9, NBC Steve Fox, NBC Mambo Madness, Lifetime Achievement), Interview Barcelone (~2014-2015), Interview Varsovie (2014), Interview Espagne/Daniel Castillo (~2007-2009), Interview Argentine/Rosario (~2013), Interview Israël/Adrian Rodriguez Carbajal (~2013, filmée par Diego F. Smud pour RosarioSalsa, 4 parties), Aventura Cruise (2019), Pioneers/Eli Irizarry (2025). Transcriptions : archives Studio24/SalsaLiège.
  4. Kent, M. (1995). « Eddie Torres: Salsa Dancing — New York Style. » Publié sur eddietorresny.com et salsatalks.com. Première biographie connue de Torres. Citée 3 fois dans McMains 2015.
  5. Interviews secondaires d’Eddie Torres — 14 segments transcrits sur 4 chaînes YouTube (~2007-2025) : Argentine/Rosario (×4), Espagne/Daniel Castillo (×4), Varsovie/Rene (×5), Barcelone (×1). + Interview Israël/Adrian Rodriguez Carbajal (~2013, filmée par Diego F. Smud pour RosarioSalsa, 4 parties). + Pioneers/Eli Irizarry (2025, Maria Torres témoigne). Transcriptions : archives Studio24/SalsaLiège.
  6. JazzTimes. « Candido and Graciela: Unforgettable. » 1er octobre 2004.
  7. Interview orale Eddie Torres / Diane Duggan. Jerome Robbins Dance Division, New York Public Library. 3 sessions : 30 août, 3 septembre, 7 octobre 2001. ~220 min. OCLC 51057669.
  8. Sources web convergentes : site officiel eddietorresny.com ; Mambo Royalty NYC (mamboroyalty.nyc) ; International Salsa Museum / Google Arts & Culture ; SalsaVida.com ; Global Latin Dance Council ; SalsaNewYork.com ; SalsaLegends & Masters Academy.
  9. Discogs. Dance City — Eddie Torres and His Mambo Kings Orchestra. E&E Entertainment, CD001, 1994. Release 8668902.
  10. Renta, P. « The Global Commercialization of Salsa Dancing and Sabor. » Dans Salsa World, Temple University Press, p. 118-126.
  11. Interview Fernando Sosa × Adolfo Indacochea. « Picante y Diferente. » ~39 min, espagnol. YouTube : youtu.be/mOW8hj97EY8. Transcription : archives Studio24/SalsaLiège.

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