fbpx
SALSALiege | La musique comme remède

Les bienfaits de la musique confirmés par l’OMS.

Les effets positifs du rythme et de la mélodie sont désormais reconnus par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) : réduction de l’anxiété et de la douleur, baisse de la tension artérielle, diminution de certains effets secondaires … et même réparation cérébrale chez des grands prématurés. Ecoutez votre musique favorite serait-il plus bénéfique que vous ne l’imaginiez ?

Première devinette.

Quel est le traitement qui selon la situation : apaise ou stimule, se consomme sans modération ni risque d’effets secondaires, est facile d’accès, simple d’utilisation, toujours accessible et sans aucun risque de pénurie ?

La musique. Qu’on l’écoute, la danse ou la pratique, en solo ou en groupe, celle-ci nous fait incontestablement « du bien ». L’OMS, convaincue de ses bienfaits, a publié un rapport consacré à l’amélioration de la santé et du bien-être en dansant. Pour la première fois, l’OMS a étudié le lien entre les arts et la santé http://www.euro.who.int/fr/media-centre/sections/press-releases/2019/can-you-dance-your-way-to-better-health-and-well-being-for-the-first-time,-who-studies-the-link-between-arts-and-health.

« L’approche dite de musicothérapie, d’inspiration psychanalytique à ses débuts dans les années 1970, est restée longtemps purement empirique. Certains ont pu, à l’origine, exagérer ses effets ou mal les interpréter « , explique le Professeur Hervé Platel, neuropsychologue à l’université de Caen Normandie. Il fut l’un des premiers chercheurs en France à utiliser les techniques de neuro-imagerie pour étudier les effets de la musique sur le cerveau.

Jusqu’à aujourd’hui, les pratiques n’avaient pas toujours été évaluées ni standardisées. Cependant au fil du temps, mélodies et rythmes ont imposé leurs capacités à soulager, aider et accompagner. La musique peut aussi nous toucher jusqu’au frisson.

Le frisson musical.

Quel est le point commun à la musique, à la nourriture et aux drogues ? La récompense, c’est-à-dire la libération de dopamine par le cerveau. Cette hormone est à l’origine d’un véritable « frisson » de plaisir.

Des travaux d’imagerie cérébrale conduits en 2011 par l’équipe de Robert Zatorre, de l’université MacGill à Montréal (Canada) nous en ont apporté la preuve. Ces chercheurs ont également démontré le rôle primordial de la mémoire dans cette sensation de frisson musical. « Son intensité est en effet d’autant plus forte que la première écoute a été positive », décrit Hervé Platel, neuropsychologue à l’université de Caen Normandie. Toutefois, pour 3 à 5 % de la population, il ne se produira peut-être jamais. Un manque de connectivité entre différentes régions cérébrales en est la cause. On parle alors d’anhédonie musicale : une incapacité à ressentir la moindre émotion à l’écoute d’une mélodie.

Afin de vérifier ses effets sur le bien-être des patients, les spécialistes de l’OMS ont analysé presque 900 études ! La liste qu’ils sont parvenus à établir est longue : réduction de l’anxiété et de la douleur, baisse de la tension artérielle et diminution de certains effets secondaires dus aux traitements anticancéreux (nausées, fatigue).

Avec la danse, on constate une amélioration des scores de motricité des personnes atteintes de la maladie de Parkinson ou victimes d’un accident vasculaire cérébral (AVC). Quant au chant, il permet de mieux rééduquer la fonction respiratoire ainsi que le langage.

Actuellement, de nombreux services hospitaliers français utilisent la musique dans différents services : unités de néonatalogie, pédiatrie, gériatrie, mais aussi neuropsychiatrie, rééducation neurologique, soins palliatifs, centres antidouleur, blocs opératoires, salles de réanimation, urgences …

Un outil pour apaiser ou stimuler.

« La musique a tout son intérêt dans la dimension du soin et plus largement du bien-être, mais, au-delà de l’hôpital, il faudrait aussi l’intégrer au domicile des patients » explique le Dr Gérard Mick, neurologue au centre hospitalier de Voiron (Isère) et neurobiologiste à l’université Claude-Bernard de Lyon. 

La thèse de médecine de la Dr Laetitia Henneton s’est basée sur une utilisation originale de la musique. Pendant un an, 18 patients atteints de la maladie d’Alzheimer ont écouté de la musique avec leur aide-soignant. En tenant compte des goûts et préférences de chaque patient, les aidants ont pu utiliser des playlists personnalisées lors de situations de crises, face à une agitation ou une anxiété, suite à un moment d’agressivité ou une opposition lors de la toilette ou de l’habillage.

L’étude montre une efficacité d’environ 70 %, la musique ayant permis, selon les cas, de moduler l’état émotionnel des patients, de faire émerger des souvenirs, de les apaiser ou au contraire de les stimuler pour les faire sortir de leur apathie. « La musique est un outil qui possède cette capacité très rare d’être utilisable sous deux facettes : relaxation ou stimulation », confirme Hervé Platel.

Les mécanismes cérébraux par lesquels la musique agit sont de mieux en mieux connus. Jusque dans les années 1990, les scientifiques estimaient que la mélodie activait une seule zone, une sorte de centre musical du cerveau, parallèle à celui du langage. Depuis, on a découvert que l’activation des aires auditives entraîne la mobilisation de nombreuses régions cérébrales : les aires motrices, les aires associatives visuelles, les zones de la mémoire ou encore des émotions. « Finalement, lorsque nous écoutons de la musique, notre cerveau est totalement engagé ». C’est une « symphonie neuronale » pour reprendre les termes du Pr Emmanuel Bigand, professeur de psychologie cognitive et responsable du Laboratoire d’étude de l’apprentissage et du développement à l’université de Bourgogne, à Dijon (Côte-d’Or).

Lors de la connexion entre ces différentes zones, il y a sécrétion de dopamine (le neurotransmetteur dit de la récompense et du plaisir) et aussi d’endorphines (des neuromédiateurs aux propriétés analgésiques et euphorisantes). « Voilà pourquoi la musique adoucit les mœurs … mais aussi les douleurs. Nombreux sont les travaux qui ont montré que cet effet antalgique est aussi lié à sa propriété ‘distractive’, grâce au déplacement de l’attention. » a remarqué Gérard Mick.

Nous obtenons également un effet relaxant « par le biais du système nerveux dit autonome (sympathique et parasympathique) et le nerf vague qui permet le ralentissement de la respiration, du rythme cardiaque et une baisse de la tension artérielle », explique le Dr François Silhol, cardiologue à Marseille (Bouches-du-Rhône) qui a participé à la rédaction des recommandations de la Société française d’hypertension artérielle, destinées aux médecins pour la prise en charge de leurs patients hypertendus.

Si la musique ne figure pas encore officiellement dans le traitement des patients hypertendus, on conseille déjà à ces patients d’écouter régulièrement des morceaux qu’ils apprécient, au calme, sans rien faire d’autre que profiter du moment. « Il faut oublier l’idée selon laquelle la musique ne serait qu’une occupation et accepter enfin la démarche qui consiste à cibler les interventions et à les évaluer », souligne Hervé Platel.

Les sons qui « réparent » le cerveau.

Cette attitude fondée sur la rigueur scientifique a également permis de démontrer que « la musique contribue aussi à ‘réparer’ le cerveau », selon Gérard Mick. Plusieurs études récentes semblent converger dans la même direction.

La première concerne des travaux menés en Suisse au près de grands prématurés, parfois nés 3 à 4 mois avant terme. Ces bébés passent de longues semaines dans des salles de soins intensifs où l’ambiance sonore agressive est loin de celle, plus feutrée, perçue in utero. Pour savoir si ces bruits ont un lien avec un risque plus élevé de troubles neuropsychologiques constaté chez ces enfants nés avant terme, les chercheurs les ont répartis en deux groupes : l’un écoutant une musique spécialement composée pour eux (cloches, flûte indienne …) et l’autre pas. « Nous avons démontré avec l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) que les sons renforçaient le développement des réseaux cérébraux. Il nous reste à établir s’ils limitent ou non les retards neurodéveloppementaux », précise la Dr Petra Hüppi, médecin-cheffe du Service de développement et croissance des Hôpitaux universitaires de Genève (Suisse), qui a dirigé ces travaux publiés en juin 2019 dans la revue de l’académie nationale de sciences américaine, PNAS.

Une autre étude, nommée Lacmé, a été conduite par la Dr Isabelle Rouch, neurologue au CHU de Saint-Étienne (Loire) sur des patients atteints de la maladie d’Alzheimer et souffrant de douleurs chroniques (arthrose et lombalgies). Il s’agissait de comparer l’influence de deux types d’activités : le chant et la peinture. « La musique a réduit d’environ 30 % les douleurs et ses effets ont persisté plus longtemps », explique la spécialiste.

Alors devrions-nous tous écouter de la musique, matin, midi et soir ? Une proposition qui aurait fait sourire le philosophe et compositeur allemand Friedrich Nietzsche, pour qui « sans la musique, la vie serait une erreur ».

Découvrez notre playlist d’América Latina